Communiqué de presse: EMMA s'en va

(v.li.) Margitta Hösel, Anett Keller, Alice Schwarzer, Angelika Mallmann, Annika Ross und Chantal Louis. - FOTO: Bettina Flitner
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Après 50 ans, 398 numéros, 36.584 pages, EMMA quitte la scène. EMMA était le dernier magazine féministe indépendant en kiosque du monde. Le prochain numéro, qui sera disponible en kiosque à partir du 27 octobre, sera l’avant-dernier. Le numéro du 8 décembre sera le dernier. Dans ce numéro double d’anniversaire, consacré à nos 50 ans, nous tirons le bilan.

Le premier numéro d’EMMA est paru le 26 janvier 1977.
Le premier numéro d’EMMA est paru le 26 janvier 1977.

Lorsque le premier numéro d’EMMA est paru le 26 janvier 1977, les railleries étaient nombreuses et nos chères et chers collègues affirmaient qu’il n’y aurait tout au plus qu’un deuxième numéro, après quoi ce serait la fin d’EMMA. Il y en a eu 398.

Au cours de ce demi-siècle, EMMA a, dans une certaine mesure, transformé l’Allemagne. Elle a transformé la société, la prise de conscience des femmes comme des hommes, chez les lectrices comme chez les non-lectrices. Elle a informé, éclairé, analysé et provoqué. Elle a suscité des débats, influencé des lois et encouragé les gens d‘oser prendre leur vie en main. À partir de 1977, dans les cours d’école, on appelait les filles rebelles Emma (ou Alice).

Citons seulement deux des nombreux sujets qui ont marqué EMMA et sur lesquels elle a pratiquement été la seule à rendre compte pendant des années, voire des décennies : les abus sur mineurs (à partir de 1978), et l’islamisme, à partir de 1979 après la prise de pouvoir par Khomeini et à partir de 1985 au cœur même de l’Allemagne et international. C’est souvent grâce aux articles publiés dans EMMA que les médias ont été sensibilisés à de nombreux autres sujets, tels que le fractionnement de l’impôt entre conjoints, le cancer du sein ou les mutilations génitales féminines.

Mais au-delà des thèmes abordés, la simple existence d’EMMA constitue déjà un phénomène en matière de politique médiatique. EMMA a été fondée par une journaliste, Alice Schwarzer, et est restée entre ses mains jusqu’à la fin. Elle n’était pas axée sur le profit, mais sur la politique. Ainsi, le magazine est resté indépendant des grands groupes, de la publicité et des partis politiques. Cette indépendance économique nous a offert, à nous les créatrices, une liberté journalistique maximale. Nous en avons pleinement profité pendant plus de 50 années mouvementées. Les 398 numéros sont disponibles en texte intégral, page par page, sur Internet: emma.de/lesesaal.

Le numéro de novembre/décembre, disponible en kiosque à partir du 27 octobre, sera l’avant-dernier numéro.
Le numéro de novembre/décembre, disponible en kiosque à partir du 27 octobre, sera l’avant-dernier numéro.

Mais EMMA ne serait pas EMMA si elle ne continuait pas à agir. Les archives d'EMMA seront conservées pour l'éternité: elles seront intégralement intégrées au fonds des Archives Littéraires Allemandes de Marbach, où elles seront cataloguées et, à partir de 2029, accessibles sans restriction aux personnes intéressées, aux médias et aux chercheurs et chercheuses. Des dizaines de mètres linéaires de classeurs, de caisses et de cartons en abondance, sondages et campagnes, comme par exemple la légendaire campagne «PorNO» (1988). Un demi-siècle de making-of de cette aventure de faire un magazine féministe, ainsi que l’histoire des femmes qui s’y reflète, sont désormais à disposition.

Nous ne partons pas pour des raisons économiques. Certes, notre tirage est en baisse, lui aussi. Mais nos recettes couvrent toujours nos dépenses. Et une réserve financière nous protège. Non, nous partons parce que nous estimons que ça suffit ! EMMA a tenu bon pendant trois générations de féministes, a résisté à toutes les modes, et a pris position contre bien des absurdités commises au nom du féminisme. Ça suffit.

Nous avons montré de quoi est capable un journalisme féministe engagé et professionnel. Ce qui est possible. Nous en sommes convaincues: cela continuera d’une manière ou d’une autre. Vous en saurez plus dès maintenant sur EMMA online et dans les deux prochains numéros d’EMMA.

ALICE SCHWARZERER, Cologne, 21 octobre 2026

 

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